Cigarette électronique : peut-elle aider à arrêter de fumer ?

La e-cigarette est rentré dans les habitudes des Français. Est-elle efficace pour modérer sa consommation de tabac, voir arrêter totalement ?

Introduction

La France est un pays de fumeurs. En 2016, on comptait 28,7% de fumeurs quotidiens pour la tranche d’âge de 15 à 75 ans et plus de la moitié des adolescents de 15 ans avait déjà fumé une cigarette – 51,8% pour être précis – comme nous l’indiquait un article de la Revue des Maladies Respiratoires (1). Cette même source nous apprenait également que la différence entre homme et femme au niveau de la consommation du tabac s’équilibrait et que les inégalités provenaient maintenant principalement du niveau socio-économique des consommateurs. Les plus défavorisés fumaient davantage que les populations favorisées.

Comme nous l’indique le graphique ci-dessous tiré de Google Trends affichant l’intérêt des internautes pour les occurrences vapoteuse et cigarette électronique, de nouvelles habitudes de fumer ont fait leur apparition depuis.

Après le boom qu’a connu la e-cigarette autour des années 2013-2014 qui correspond plus à un effet de mode qu’à une réelle nouvelle méthode de consommation intégrée dans les habitudes des Français, l’intérêt pour la cigarette electronique reprend après 2016-2017. (2)

Cette e-cigarette est souvent présentée comme un bon substitut à la cigarette classique et permettrait même de réduire sa consommation jusqu’à arrêter complètement le tabac.

L’arrivée de la cigarette électronique et sa démocratisation ont-ils eu un impact sur la consommation des fumeurs ? Est-ce un moyen efficace d’arrêter complètement de fumer ? Est-ce sans risque ? C’est ce que nous allons essayer de voir dans cet article.

La e-cigarette est-elle efficace pour arrêter le tabac ?
La e-cigarette est-elle efficace pour arrêter le tabac ?

Les usages de la e-cigarette aujourd’hui chez les jeunes

Pour 2020, le Baromètre Santé de Santé Publique France (3) nous apprend que 37,4% de la population de 18 à 75 ans ont déjà goûté au moins une fois à la cigarette électronique. Cette proportion était légèrement plus faible en 2019.

Il semble que ce soit principalement au lycée que cette tendance se remarque comme nous l’apprend une enquête de 2018 (4). Entre 2015 et 2018, la part des lycéens qui avait expérimenté au moins une fois la cigarette électronique a connu une hausse de 17 points passant de 35,1% à 52,1%. Plus de 1 lycéen sur 2 s’était déjà laissé tenter. On retrouve ici sensiblement les mêmes chiffres que la part des jeunes de 15 ans qui ont déjà fumé au moins une cigarette classique en 2016 (51,8%).

Toutefois, ce qui semble nouveau est le fait qu’une partie grandissante de ces jeunes préfère débuter son expérience de fumeur avec une cigarette électronique plutôt qu’une cigarette normale : près de 10% contre seulement 3,7% en 2015. De même, 5,6% des lycéens ont fumé exclusivement avec une e-cigarette en 2018 contre 2,7% en 2015.

Chez les plus jeunes, en 3ème, alors que, en 2018, l’on comptait 5,1% de vapoteurs exclusifs contre 11,2% de fumeurs qui ne touchaient pas du tout à la cigarette électronique, ces chiffres s’équilibrent en 2021. Dans les fumeurs exclusifs, 8% optaient pour uniquement la vapoteuse alors que 9,2% se contentaient de cigarettes classiques.

A partir de ces données, on peut penser que l’usage de la cigarette électronique gagne du terrain sur la consommation de tabac classique. Alors que cet usage suivait un effet de mode chez les fumeurs à ces débuts, aujourd’hui cela semble se dissocier davantage, du moins chez les adolescents, avec d’un côté les fumeurs et de l’autre les vapoteurs. Deux groupes distincts. Quoi qu’il en soit, le fait de consommer du tabac, peu importe la méthode choisie, touche toujours une part importante de nos jeunes avec près d’un jeune sur 2 qui a déjà expérimenté le tabac à l’âge du lycée.

Mais commencer par la e-cigarette plutôt que la cigarette classique, est-ce mieux ? Est-ce plus sain pour la santé ? Est-ce un autre comportement ou est-ce une nouvelle porte d’entrée vers la consommation de tabac plus classique ? D’autant plus que l’étude de 2019 (5) mettait en évidence qu’une faible partie des adolescents vapoteurs était capable de dire s’ils consommaient un e-liquide avec ou sans nicotine, ce produit chimique principal responsable de la forte dépendance au tabac.

Y-a-t'il moins de fumeurs aujourd’hui en France ?

Dans la population adulte (de 18 à 75 ans)

Vous pouvez voir ci-dessus l’évolution de l’usage quotidien de tabac chez la population adulte depuis 1992 (3).

Si la part des Français qui consomme du tabac quotidiennement a connu une baisse importante (uniquement chez les hommes) entre 1992 et 2000, elle a ensuite peu évolué les 15 années suivantes. une longue période de stagnation  Mais à partir de 2016, on note une baisse régulière année après année, et ce aussi bien chez les hommes que chez les femmes. Toutefois, en 2020, cette baisse régulière est terminée et on note même une augmentation de la part des adultes fumant quotidiennement, là encore que ce soit chez les femmes ou chez les hommes.

Bien sûr, il existe certainement de très nombreux facteurs qui jouent sur cette évolution de la consommation quotidienne. La Loi Evin ayant été adoptée en 1991 et interdisant notamment toute publicité en faveur du tabac peut expliquer en partie la baisse sur la première partie du graphique par exemple, tout comme la forte hausse du prix du tabac qui apparaît au début des années 1990 (6).

En 2007-2008 en revanche, l’arrivée petit à petit de l’interdiction de fumer dans les lieux de travail, dans les établissements scolaires ou encore dans les transports publics et les cafés et discothèques ne semblent pas avoir eu d’impact immédiat et direct sur la consommation des fumeurs réguliers. Toutefois, tout comme l’ajout en 2010 d’avertissements et d’images dissuasives sur les paquets, cela a peut-être jouer sur le fait de rendre la cigarette moins attirante auprès des jeunes et favoriser le dévelloppement de la cigarette électronique.

Enfin, on peut remarquer que le début de la reprise de la baisse à partir de 2016 coïncide avec l’apparition d’une nouvelle habitude chez les fumeurs : la e-cigarette. Mais attention, corrélation n’est pas causalité. Cette baisse coïncide également avec d’autres mesures anti-tabac comme l’adoption du paquet neutre – adopté en 2015 et généralisation de la mesure en Janvier 2017 -.

L’apparition de la e-cigarette et son entrée dans les habitudes des Français ont peut-être participé à la réduction du nombre de fumeurs quotidiens dans notre pays. Toutefois, la part de fumeurs réguliers ayant augmenté en 2020, à voir comment cela va évoluer dans les années à venir.

Et chez les jeunes ?

Le graphique ci-dessous (3) affiche l’évolution des usages de tabac chez les élèves de 3ème.

On remarque une baisse importante sur les dix dernières années. Alors que les fumeurs réguliers sont aujourd’hui une faible minorité – 3,7% de fumeurs quotidiens en 3ème en 2021 contre 15,6% en 2010 -, c’est au niveau de la première expérimentation que la baisse est la plus forte avec près de 22 points en moins : 29,1% des troisièmes ont déjà essayé le tabac en 2021 alors qu’ils étaient 51,8% en 2010 !

L’âge moyen d’expérimentation recule. Cela semble une bonne nouvelle, et on peut se dire que plus ils essaient tard, plus ils ont de chance de ne pas devenir dépendant au tabac.

Malheureusement, on note aussi que le passage entre consommateur expérimental à consommateur quotidien est beaucoup plus rapide aujourd’hui puisque les jeunes qui continue à fumer après leur première cigarette mettent 13 mois en moyenne pour passer de l’expérimentation à l’usage quotidien.

Le bilan Tabagisme et arrêt du tabac en 2021 (3) nous apprend dans un premier temps que les adolescents essaient le tabac 9 mois plus tard en 2017 qu’en 2000 et que, dans un second temps, un fumeur devient consommateur quotidien 13 mois après son expérimentation contre 22 mois 10 ans avant. Autrement dit, bien que les jeunes testent le tabac plus tard qu’avant, ils deviennent consommateurs réguliers au même âge.

Il est difficile de voir l’influence de la cigarette électronique dans l’évolution de ces comportements. Elle participe très certainement, avec l’ensemble des autres mesures anti-tabac, à la baisse du nombre de fumeurs en France, principalement chez les jeunes, mais cela semble plutôt n’être qu’un simple recul de l’âge où l’on commence à fumer quotidiennement plutôt qu’une victoire complète sur le tabac.

Qu’en est-il pour les consommateurs déjà réguliers et l’usage de la e-cigarette pour arrêter de fumer ? Est-ce une réelle solution ? Une aide efficace pour diminuer puis arrêter le tabac ?

La e-cigarette pour arrêter de fumer ?

En 2015, Paul Vanderkam présentait une thèse intitulée Efficacité et sécurité de la cigarette électronique utilisée dans une stratégie de réduction de consommation tabagique (8). Pour ce travail, il s’appuyait notamment sur plusieurs études déjà existantes basé sur l’arrêt ou la diminution du tabac grâce à la e-cigarette, et en proposait une méta-analyse.

Réduire sa consommation de tabac grâce aux produits de vapotage

Réduire sa consommation de tabac grâce aux produits de vapotage

Il en ressort que, dans les groupes utilisant la cigarette électrique avec nicotine, un nombre significatif de participants avait diminué sa consommation de cigarettes (par rapport aux groupes placebo).

Toutefois, ces bons résultats ne se retrouvent pas dans l’arrêt du tabac, du moins à long terme. La cigarette électronique avec nicotine aide à sevrer un consommateur régulier sur 3 mois mais avec un fort risque de rechute. Les résultats disparaissent à 6 mois.

Paul Vanderkam ne s’avançait pas sur la sécurité d’utilisation de la cigarette électronique car trop peu d’études apportaient de résultats fiables de ce côté.

Conclusion

On a vu que le nombre de fumeurs en France diminue sur ces dernières années (excepté 2020, mais rebond durable ou anécdotique ?). Pour autant, y décelé un effet de la e-cigarette est compliqué tant de nombreuses mesures ont été prises dans la lutte contre le tabagisme. Dans tous les cas, l’âge moyen où l’on devient fumeur régulier restant inchangé

La méta-analyse de Paul Vanderkam nous éclaire davantage et permet de voir la e-cigarette comme un moyen de baisser sa consommation de tabac et d’essayer d’arrêter de fumer (mais attention à la rechute !). Coupler à d’autres solutions (hypnose ou l’opération 1 mois sans tabac, la libération n’est pas très loin !

Et vous, ce dispositif vous a-t-il aider à arrêter de fumer ou à réduire votre consommation ? La cigarette électronique a-t-elle modifié vos habitudes ? Dites-nous tout en commentaire.

Sources

  1. Consommation de tabac et usage de cigarette électronique en France, article paru dans la Revue des Maladies Respiratoires en Juin 2018, Vol. 35, n°6 (pages 673 à 685) et rédigé par Raphaël Andler (chargé d’études et de recherche chez Santé publique France), Romain Guignard (direction de la Prévention et Promotion de la Santé chez Santé Publique France), Stanislas Spilka (responsable d’unité scientifique à l’Observatoire Français des Drogues et des Tendances addictives), Olivier Le Nézet (chargé d’études à l’Observatoire Français des Drogues et des Tendances addictives), Anne Pasquereau (Santé Publique France), Jean-Baptiste Richard (direction de la Prévention et Promotion de la Santé chez Santé Publique France), Viêt Nguyen Thanh (responsable de l’unité Addictions chez Santé publique France).
  2. Vapoter.fr : En quelle année a été introduit la cigarette électronique sur le marché français ?
  3. Tabagisme et arrêt du tabac en 2021, bilan par en Avril 2022 et rédigé par Marc-Antoine Douchet (chargé d’études à l’Observatoire Français des Drogues et des Tendances addictives).
  4. Enclass.fr : Publications EnCLASS 2018 – Enquête Nationale en Collèges et en Lycées chez les Adolescents sur la Santé et les Substances -.
  5. ESCAPAD 2019, enquête menée par Sandra Chyderiotis (ingénieure de recherche en épidémiologie et lutte contre le tabagisme à l’INSERM).
  6. Impact de l’augmentation des prix sur la consommation de tabac, étude d’Avril 2014 réalisée par Catherine Hill (épidemiologiste et biostatisticienne à l’Institut Gustave Roussy).
  7. Cnct.fr : Historique – Plus d’un siècle d’histoire, à l’avant-garde de la lutte contre le tabagisme, dossier réalisé par le Comité National Contre le Tabagisme
  8. Efficacité et sécurité de la cigarette électronique utilisée dans une stratégie de réduction de consommation tabagique, méta-analyse réalisée en 2015 par Paul Vanderkam (thèse pour le Diplôme d’Etat de Docteur en Médecine).